ADRESSANT UNBEKANNT

(d'après l'oeuvre de Kathrine Kressmann TAYLOR)

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 Mise en scène : Daniel Lechère
Régie et création lumière : Eric Almenar
Création son : Michel Moppert

En partenariat avec la Compagnie de l'Abreuvoir

 L'ARGUMENT

San - Francisco, années trente : Martin Schulse, un allemand et Max Eisenstein, un juif américain sont marchands de tableaux. Ils sont unis par des liens plus qu’affectueux, fraternels.

Martin décide de rentrer chez lui, à Munich. Ils s’écrivent : Max dit sa solitude depuis le départ de son ami et Martin raconte sa nouvelle vie dans une Allemagne qu’il peine à reconnaître tant elle est défigurée par la misère.

Au fil des lettres, inexorablement, Martin et Max s’éloignent l’un de l’autre, d’autant que Max est juif et que l’Allemagne de Martin suit un nouveau « Guide », Adolf Hitler.

Les interrogations feront place aux doutes, l’inquiétude à l’incompréhension, la douleur à la vengeance. La peur aura changé de camp et tout s’écroulera dans le fracas de l’Histoire.

LA DISTRIBUTION

Max Einsenstein : Jo Joubel
Martin Schulse : Michel Moppert

NOTE D'INTENTION

Bertold Brecht disait : « On doit aller au Théâtre non pour oublier mais pour se souvenir et pour réfléchir ». 

En choisissant « Inconnu à cette adresse », publié en 1938, au moment même où Daladier signe les accords de Munich, nous voulons nous souvenir de la montée de la folie Nazie. Parallèlement, nous voulons réfléchir au repli communautaire qui s’exprime aujourd’hui dans les urnes démocratiques, notamment en France, en banalisant les idées d’extrême-droite.  

La volonté est de donner au spectateur une émotion aussi puissante que celle que l’on peut ressentir à la lecture de ce texte, mais sans que la notion d’écriture apparaisse de façon systématique. 

La lumière joue un rôle primordial dans le rythme de la pièce en permettant les ellipses propres à la forme épistolaire. La musique, la voix off et quelques images apportent les respirations nécessaires tout au long des lettres échangées. 

L’unité de lieu ne figure pas l’éloignement géographique mais une ligne invisible permet le jeu en miroir. Le destinataire d’une lettre peut ainsi être dans le même espace que son auteur, tel un double réagissant au discours  de l’autre. Les deux univers sont donc entremêlés, permettant la complicité de plus en plus distendue des protagonistes et faisant ainsi ressortir leur ambivalence. 

Qui est le bourreau ? Qui est la victime ? Au spectateur de juger…

L'AUTEUR

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Kathrine Kressmann Taylor est née en 1903 à Portland dans une famille américaine d'origine allemande. Elle fait des études de lettres et de journalisme à l'université de l’Oregon, dont elle sort diplômée en 1924. Elle sera plus tard la première femme professeur titulaire de l’Université de Pennsylvanie où elle enseignera le journalisme et la littérature anglaise. 

Loin de l’imagerie bien pensante qui la présenta à l’époque comme une épouse modèle, femme au foyer, mère de quatre enfants venue à l’écriture presque par hasard, Kathrine Kressmann Taylor conçut toujours l’art comme moyen de lutte, comme en témoignent « Inconnu à cette adresse » (Adress Unknown) publié en 1938 et « Jour sans retour » en 1942. Dans les années trente, alors que les Américains se désintéressent de ce qui se passe outre-Rhin, elle reçoit des lettres inquiétantes en provenance d'Allemagne : récit d’évènements dramatiques, attitude antisémite d’anciens amis allemands. Par ailleurs, elle est troublée par un fait divers : des étudiants américains ayant mis en danger leurs correspondants allemands en critiquant Hitler. Ces éléments conjugués lui inspireront la trame de « Inconnu à cette adresse » et détermineront le choix de la forme épistolaire. 

Lorsqu'elle remet le manuscrit à son mari et à son éditeur, tous deux jugent qu’un texte aussi incisif rencontrera un plus large écho si le public ignore que l’auteur est une femme… Ils décident alors, d'un commun accord, que le prénom de Katherine sera remplacé par Kressmann, son nom de jeune fille, qui peut passer pour masculin. 

En 1938 « Inconnu à cette adresse »est publié dans Story Magazine et devient très rapidement un best-seller. Le Reader's Digest accueille à son tour la nouvelle dans ses pages, puis Simon & Schuster le publie sous forme de livre en 1939 : 50 000 exemplaires sont vendus. Les éditions étrangères suivent rapidement, incluant une traduction hollandaise plus tard confisquée par les Nazis, et une version allemande sortie à Moscou. Le livre est interdit dans l’Allemagne nazie. 

Plus tard, un jeune allemand fuyant la domination nazie se réfugie aux États-Unis. Interrogé par les services de renseignement,  il fait part de son vœu de raconter son histoire et la réalité du régime d’Hitler. Le FBI arrange une rencontre avec Kressmann Taylor, auteur déjà célèbre pour sa dénonciation du nazisme. Cet homme devient le héros de « Jour sans retour », publié en 1942. « Inconnu à cette adresse » fait l’objet d’une adaptation cinématographique produite en 1944 par Columbia Pictures (réalisateur : M.C.Menzies), et Paul Lukas tient le rôle de Martin. 

En 1995, alors que l’auteur a 92 ans, Story Press réédite « Inconnu à cette adresse » pour fêter le 50e anniversaire de la libération des camps de concentration. La nouvelle est traduite en 20 langues. Le livre sort en France en 1999 et se vend à 600 000 exemplaires. C'est un immense succès. La nouvelle est finalement publiée en Allemagne en 2001, et rééditée en Grande-Bretagne en 2002. En Israël, la traduction en hébreu est un best-seller et est adaptée pour le théâtre. 

Kathrine Kressmann Taylor est morte en 1996, au moment où l’on redécouvrait son œuvre.