LA MASTICATION DES MORTS
de Patrick Kermann

visuel

Adaptation et mise en scène : Michel Moppert
Régie et création lumière : Michel Thiery
Création son : Michel Moppert

  L'ARGUMENT

Un homme revient après des années d’absence dans son village d’enfance, à Moret-sur-Raguse. Ses pas le mènent jusqu’au cimetière communal, où il s’assoupit au milieu des tombes. S’élève alors la voix des morts qui, tour à tour ou tous ensemble, se mettent à "mastiquer" au creux de son oreille. Chacun ressasse son histoire dans sa langue propre : amours, regrets, heurs, rancœurs, joies, peines, obsessions, aveux d’outre-tombe... et voici tout ce petit monde de l'ombre qui se met à raconter, à râler, à invectiver le passant... jetant peu à peu une lumière singulière sur la vie d'un village rural tout au long d'un siècle et de 3 générations. Oratorio in progress est un travail sur le nombre et la mémoire, la petite mémoire fragile d’une multitude de voix qui s’inscrivent dans l’histoire d’une communauté. 

LA DISTRIBUTION
 
Marie ALLANIC - Thérèse GUILLAUME - Jean-François HERRY - Françoise HOLE - Gervais JACOB - Sylvie JACOB -   Emmanuelle LE MENTEC - Geneviève LE MONTAGNER - Gilles LE ROCH - Alain LE RUYET - Annick PENCALET 

NOTE D'INTENTION

L'ouvrage de Patrick Kermann fait apparaître près de 200 personnages  qui s'expriment le plus souvent sous forme de monologue. C'est dire que le texte n'est pas monolithique et qu'il laisse une grande part de liberté et d'imagination aux comédiens et au metteur en scène.

Le travail s'est articulé autour de trois partis-pris :

- Ne pas traiter le texte dans la linéarité de l'écriture, ne pas faire entendre des paroles les unes après les autres, mais rendre compte du brouhaha de la "mastication", de la multitude des voix, distinctes ou indistinctes, d'où pourra émerger parfois une voix plus singulière.

 - Réduire la distance avec le public au point même, qu'à un certain moment, la scène et la salle soient confondues. Dans un lieu évoquant le cimetière, on mêlera ainsi spectateurs et comédiens, vivants et morts, en permettant aux premiers d'inventer leur propre itinéraire et aux seconds une adresse directe par la parole mais aussi par le regard.

- Construire un spectacle qui ne soit ni morbide ni métaphysique en faisant apparaître une familiarité entre morts et vivants, rompant ainsi avec les frayeurs communes et avec la représentation convenue et macabre de la mort. Telle est d'ailleurs l'intention de l'auteur du texte : "La Mastication des morts est une joyeuse tentative de réconciliation avec la mort que notre époque évacue systématiquement (…) Les morts que j’arrache momentanément de l’oubli en les mettant en scène ne connaissent ni la résignation de la tristesse, ni la brûlure de la plainte, ni horreur ni extase, ni enfer, ni paradis" écrivait Patrick Kermann.

L'AUTEUR

PK

Patrick Kermann est né à Strasbourg, en 1959. Il est agrégé d’allemand.

Il consacre trois livrets à l'opéra : Du DiktatLa Blessure de l'ange, Vertiges (une création basée sur le monolinguisme consensuel d'un chœur qui se trouve devant l'impossibilité de traduire par une seule voix la peur d'être au monde de chaque individu).

Il réalise une installation sonore  ayant pour thème « La naissance des mondes à venir », et traduit trois textes : Électre d'EuripideLe Festin de Thyeste de Sénèque, et Un déjeuner allemand, roman de Thomas Bernhard.

Il écrit des pièces de théâtre (dont La mastication des morts) et compose un véritable travail littéraire en utilisant la langue comme un matériau malléable, vivant, jusqu'à pouvoir rendre corps aux morts qu'il réanime.

Patrick Kermann a bénéficié d'une résidence à la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon (1996), d'une bourse de commande du ministère de la Culture (1998), d'une bourse Beaumarchais (1999), d'une bourse de commande d'œuvre lyrique (1999, avec Daniel Lemahieu, Du diktat), et a bénéficié en 1999-2000 d'une bourse d'année sabbatique du Centre national du livre.

Il se donne la mort le 29 février 2000.